Après avoir tapé tôt dans le ballon rond à 10 ans, Gauthier a connu une chevauchée fulgurante dans les clubs européens et en équipe nationale. A la retraite en France, l’ancien attaquant du Stella club, de l’ A.J. Auxerre et des Éléphants de Côte d’Ivoire, revient sur les temps forts de sa carrière. Il évoque en exclusivité des sujets dont il n’avait jamais parlé auparavant. C’est sur www.abidjanpeople.net.

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Le football était-il votre première passion ?

J’ai été accroché au ballon rond à l’âge de 10 ans. Je n’avais que le football dans la tête. J’aimais taquiner ma mère en lui disant qu’elle et mon père ont gaspillé leur argent en m’envoyant à l’école. Je suis heureux d’avoir transformé ma passion en métier.

Comment avez-vous intégré l’équipe fanion du Stella Club d’Abidjan ?

Je peux vous dire que c’était un peu banal. Pendant que j’étais à l’école, j’ai eu une maladie. En allant vers mon père, j’ai vu des jeunes qui se dirigeaient vers un stade de Vridi à Port-Bouet. Ils partaient s’entraîner. Parmi eux, j’ai reconnu un. C’est lui qui m’a encouragé par la suite à venir m’entraîner avec eux. A mon arrivée, je constate qu’ils avaient formé plusieurs équipes. Dans la dernière équipe, il manquait un joueur. Etant assis dans les tribunes, le coach Akoupo Jonas (Ndlr : paix à son âme) m’a demandé de compléter l’équipe. J’ai ôté ma tenue scolaire pour jouer torse nu. Après le match, il m’a dit de revenir.

s’est tourné vers moi, et m’a dit : je suis foutu…”

Je ne suis pas revenu jusqu’à ce qu’il me croise dans la rue. C’est là qu’il m’a réitéré sa volonté de me voir dans son équipe. Je lui ai fait savoir que mes parents n’étaient pas trop favorables. Il s’est déplacé pour aller les dissuader à la maison. Mon père n’était pas du tout partant. Passionnée de football, ma mère me soutenait à l’insu de mon père. C’est elle qui me payait le transport pour aller à l’entrainement. J’étais en classe de 5ème. Je jouais avec les cadets du Stella club. Dans ma génération, je me rappelle les noms de Kouadio , Traoré Kandia. On était ensemble dans la catégorie cadette et junior.

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Du Stella, vous vous êtes retrouvés en Europe. Comment expliquez-vous cette percée sans passer par d’autres clubs locaux ?

Le football est une question de chance. Il faut être là au bon moment et au bon endroit. Etant en équipe nationale cadette, on devrait  avoir un match contre l’équipe nationale d’Angola. C’était ma première sélection. On était au vert. Un agent de joueur est arrivé en chambre pour discuter avec Kouadio Brou Donatien avec qui j’y étais. Il a dit qu’il voulait faire partie Donatien en . A vrai dire leur conversation ne m’intéressait pas. A l’issue  du match, nous avions battu l’Angola par 4-0. J’ai marqué deux buts ce jour-là. Je suis rentré à la maison. C’est après que le coach m’a confié qu’il y a un agent qui veut me faire partir en . J’ai dit au coach qu’il se trompe. Et que c’est Donatien qu’il avait contacté. Il m’a rassuré que c’est finalement moi que l’agent voulait. C’est ainsi que je suis parti jouer au FC Sion.

Comment votre intégration s’est-elle faite ?

J’ai été choqué à mon arrivée. C’était en décembre en plein hiver. A cette période, il n’y a pas de terrain pour les entraînements. Mes dirigeants m’ont dit que je devrais venir en juin. J’ai été confronté à un problème d’acclimatation. Je n’osais pas imaginer qu’il faisait aussi froid en Suisse. Je suis resté dans l’attente pendant 6 mois avant de faire l’essai qui a duré une semaine. Heureusement, cela a été concluant. L’agent a voulu après que je parte faire un autre essai à Zurich. C’est dans ce club suisse que ma carrière a décollé.

Vous étiez annoncé comme un attaquant redoutable. Qu’est-ce qui a pu créer vos déboires dans les clubs français ? 

Dans la carrière d’un sportif, il y a des moments de tristesse et de joie. J’ai connu des joies avec l’équipe d’Auxerre qui a remporté avec moi deux coupes de France. J’étais une pièce maîtresse de l’équipe. J’étais avec mon compatriote Kalou Bonaventure. Il y avait aussi Djibril Cissé. Je pense que j’ai saisi ma chance d’évoluer dans ce club regorgeant de grands joueurs. Au , j’étais avec Aruna Dindané. Nous sommes restés ensemble pendant 6 mois avant son départ. Souvent on quitte les clubs à cause de situations embarrassantes. A l’époque, on avait pour coach Jean Pierre Papin. Les supporters nous avaient catalogués comme des joueurs pro-Guy Roux.

”Les CLAUSES DU CONTRAT N’ont pas été respectées à

Vu que l’adaptation n’a pas été facile, j’avais maille à partir avec les supporters. Ils nous reprochaient le fait d’avoir été recrutés par Guy Roux qui est parti après. Quand vous faites une mauvaise prestation, vous êtes hués par les supporters. Ils ne nous faisaient pas de cadeau comme les autres joueurs. Nous étions trois ivoiriens recrutés par Guy Roux. Il y avait Aruna que nous avons retrouvé, Kalou et moi. Ce n’était pas facile pour nous. J’ai été contacté par José Anigo qui m’a fait la proposition de venir à Marseille. Et que ce club n’était pas bien classé. Il m’a dit que mon profil intéressait Marseille. C’est comme cela que je suis arrivé à Marseille. Je jouais tous les matches. De la 14e place, nous avons terminé à la 3e place .Malheureusement, les clauses du contrat n’ont pas été respectées. Je suis parti. J’ai connu beaucoup de difficultés dans ma carrière. Je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu dans les autres clubs par la suite.

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Sur votre passe décisive à la finale de la coupe de France , vous offrez le but de la victoire à Kalou. Des souvenirs de ce match ?

Je me rappelle que la Côte d’Ivoire devrait jouer un match contre la Lybie bien avant cette finale en France. Nous étions deux joueurs de l’équipe nationale à Auxerre. Le club a préféré libérer Kalou pour le match contre la Lybie. Je suis resté en France. La Côte d’Ivoire a perdu le match. Kalou est revenu en club. Il a pris part à la finale avec nous. Malgré la fatigue du voyage, Kalou a inscrit le but de la victoire. Quand il a marqué, il s’est tourné vers moi en me disant qu’il est foutu. Il craignait la réaction des ivoiriens qui l’accusaient d’avoir privilégié son club à l’équipe nationale. C’était une émotion indescriptible. Sinon les moments difficiles, on les trouve sur le chemin. Je suis content néanmoins de ma carrière. J’ai eu la chance de pratiquer le métier que je voulais.

Cité dans une liste de joueurs dopés, quelle a été votre réaction ?

Je n’ai jamais pris un produit dopant. Ce sont des ragots. J’ai appris l’information comme vous. J’ai même échangé avec celui qui a publié l’information, il m’a révélé que sa source était un hacker. Souvent mes coéquipiers me disaient que je n’étais pas chanceux parce que j’étais toujours choisi après tirage au sort pour le test de dopage qui s’avérait négatif. Je ne fume pas. Mais quelque fois lorsque je suis en joie, je prends un petit verre d’alcool.

Que s’est-il réellement passé avec l’un de vos coéquipiers lors d’une séance d’entrainement à Lens ?

Quand vous êtes à une période difficile, il y a toujours de vilaines tensions autour de vous. C’était plutôt une dispute verbale et non un pugilat comme raconté. Le coach nous a fait asseoir et nous avons fait table rase.

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Pouvez-vous nous éclairer sur  l’ Akalé Kangah en pour violence conjugale ?

Je ne sais pas d’où est venue cette information. J’étais à la maison quand j’ai reçu un appel de Kalou. Il me disait que j’étais en garde à vue. J’ai dit non. Que je suis bien à la maison. Je ne suis pas un homme violent. Je ne veux pas vous exposer ma vie privée. Franchement, cette information m’a causé beaucoup de préjudices. J’ai mal au cœur quand j’aborde ce sujet. Celui qui a publié cette information m’a créé beaucoup de désagréments. Il a mis ma carrière à terme.

”J’ai été sali pour rien…”

Il a brouillé toutes les pistes qui s’offraient à moi. Les clubs intéressés ont fait machine arrière. Ce problème m’a donné une réputation d’homme violent. J’ai passé de nombreuses années avec mon ex-épouse sans être cité comme un homme violent. J’ai été sali pour rien. Je n’ai jamais fait la prison pour cette histoire. Toute ma famille a été choquée. J’ai raté un grand contrat avec le club d’Hanovre. Je n’ai pas cherché à connaitre le commanditaire de cette intox. Je n’ai jamais cherché à faire un démenti. J’ai arrêté ma carrière à cause de cette intox diffusée via un site Internet. Je suis un homme discret. C’est dommage.

A quand remonte votre 1ère sélection en équipe nationale ?

C’est le coach Robert Nouzareth qui m’a d’abord approché quand j’étais à Zurich en Suisse. Je ne voulais pas venir parce que je me disais qu’il y avait trop de problèmes d’égo. A maintes reprises, il insistait. Quand je suis arrivé en sélection, j’ai été agréablement surpris de l’ambiance qui y régnait. Je suis arrivé à la même période que Didier Drogba, il y avait un noyau de joueurs fantastiques. Je me posais la question de savoir si j’avais ma place dans cette équipe de ténors. Le groupe était très homogène. Mon premier match était contre l’Afrique du sud en 2002. J’ai eu beaucoup de craintes. J’ai commencé comme titulaire. Je voyais un stade Félix Houphouët Boigny plein à craquer. Il y avait la pression sur moi. Je me demandais comment donner la joie aux ivoiriens. Je pense que ce match s’est bien déroulé.  Je regrette de n’avoir pas pris part à la sélection qui a été en finale de la Coupe d’Afrique des nations en 2006.

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36 sélections en équipe nationale avec seulement deux buts. Etes-vous satisfait ?

Au niveau international, je dirai non. J’aurai pu faire mieux. On avait un attaquant qui pour moi était le meilleur attaquant au monde. Il s’agit de Didier Drogba. Il était capable de tout faire. J’ai le regret de ne l’avoir pas fait marquer beaucoup de buts. A Auxerre, je le faisais pour Djibril Cissé, Aruna et Kalou.

Qu’est-ce qui a provoqué votre départ de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire ?

J’ai mis fin à ma carrière en équipe nationale en 2010. Je faisais partie d’une sélection de 32 joueurs pour le mondial 2010 en Afrique du Sud. Je n’ai pas apprécié le choix des 23 joueurs retenus. Pour moi, on devrait donner la chance à tous les joueurs de mériter leurs places lors des matches de préparation. Ce qui n’a pas été fait. On s’était retrouvé dans un centre de concentration en Suisse. On savait que la place des cadres était intacte. On aurait pu nous donner l’occasion de profiter des autres places à prendre. Je n’ai joué aucun match amical.

”J’ai été vraiment déçu”

Je me voyais déjà écarté. C’était une déception. Le coach Erickson est venu à quelques jours du mondial. Il vivait en Angleterre, donc comprenez qu’il ne maîtrisait pas bien son effectif. Il connaissait plus les joueurs évoluant en Angleterre. Il n’a pas eu le temps de nous connaître. J’ai participé à tous les matches de qualification. Je n’ai pas apprécié ce qui s’est passé par la suite. C’est moi qui ai décidé de mettre fin à ma carrière. Il y a eu un ensemble de choses que je ne vais pas étaler ici. J’ai été vraiment déçu.

Pourquoi le passage éclair au Qatar alors qu’on vous attendait sur les stades européens ?

Quand on se retrouve dans ce genre de pays, on vise le gain et non la profession.

Interview réalisée par Aimé Dinguy’s N