Lettre ouverte de Jean-Yves Esso, membre du bureau politique du PDCI aux Ivoiriens de la diaspora partisans du boycott des législatives 2021.

RÉSIGNATION
Chers frères, chères sœurs,
Vous etes et serez toujours un soutien moral, mental, voire financier inespéré pour nous autres qui sommes sur le terrain au quotidien en Cote d’Ivoire dans cette longue lutte pour l’instauration de la vraie démocratie dans notre pays.

La vie ici a repris son cours comme si de rien n’était malgré les nombreux morts et blessés graves que nous avons compté parmi les manifestants de l’opposition durant cette crise pré et post electorale.
L’activité économique et sociale a repris son cours malgré les nombreux jeunes manifestants de la désobéissance civile emprisonnés à la MACA au batiment C aux blindés (batiment où sont parqués les grands criminels, bandits de grands chemins et violeurs en tout genre).
Les embouteillages et klaxons intempestifs, boussole “bictoguienne” de la reprise de l’activité, se succèdent tous les matins depuis de nombreuses semaines malgré l’emprisonnement de bons nombres de leaders politiques de l’opposition et de députés de la nation.
Le nouvel état d’esprit de l’ensemble des ivoiriens vivant sur place est : la RÉSIGNATION.

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DRÔLE DE DIALOGUE
Chers frères, chères sœurs,
Le chef de l’Etat autoproclamé, tel un vrai stratège machiavélique ayant vite compris que l’ivoirien est un homme de paix, et que c’est vraiment contre nature qu’il a décidé de se mettre dans la rue pour défendre sa constitution, a réussi à casser le mouvement de contestation populaire qui prenait une très grande ampleur.

Il a compris qu’il nous serait difficile voire impossible de remotiver nos troupes s’il parvenait à casser cet élan de révolte populaire issu de la désobéissance civile.
Il a donc tendu la main à l’empathique et affable président BEDIE au moment opportun.
Et la désobéissance civile s’arrêta net…
Et le Conseil National de Transition (CNT) disparu pour laisser place au Dialogue National…Un Dialogue National qui se deroule sans aucune pression mise par l’opposition. Drôle de dialogue…
“Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.” disait déjà Etienne de la Boétie au 16ème siècle.

UN NOUVEAU COMBAT
Chers frères, chères sœurs,
Le combat pour s’accaparer le pouvoir législatif est un nouveau combat. Avec ses difficultés certes mais cela reste un nouveau combat qui demande une adaptation de la stratégie de l’opposition.
Meme si nous savons que l’expérience est le nom que chacun préfère donner à ses erreurs, chaque erreur doit être un apprentissage pour la suite.

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“Chaque jour est une nouvelle expérience et chaque expérience doit faire espérer un nouveau jour.”
Demandons conseil à ceux qui ont fait l’expérience du boycott. Ou en sont ils depuis 2011 ?
Enlevant toute émotion de notre analyse nous pensons que le meilleur choix de l’opposition au regard de la situation qui prévaut actuellement est d’aller à ces élections legislatives, même avec les conditions exécrables que nous connaissons tout en continuant la lutte.

QUELLE ALTERNATIVE CRÉDIBLE PROPOSER AUX IVOIRIENS ?
Chers frères et sœurs,
Vous souhaitez que l’opposition significative ne change rien de sa stratégie de boycott ?
Que nous proposez vous comme alternative crédible pour faire partir le dictateur ? Un coup d’état ? Nous ne nous inscrivons pas dans cette démarche…
Une pression populaire ?

Peut-être…sûrement même. Cest très bien
mais face aux première arrestations et difficultés rencontrées que fera le peuple ? Continuera t’il sans relâche en se disant que la victoire est au bout ? Je ne pense pas…
Nous ici, nous vivons au quotidien les réalités du pays. Dès les premières difficultés, les ivoiriens que nous sommes, comme à notre habitude, nous en remettrons à Dieu et reprendrons nos activités comme si de rien n’était. Ici nous n’avons pas l’assurance chômage ni l’assurance maladie…Il faut travailler pour survivre.

HAUTS LES COEURS !
Chers frères, chères sœurs,
Nous pouvons comprendre aisément votre désarroi quant à l’apathie de la population ivoirienne. Nous, nous vivons cela au quotidien. C’est pour cela que nous acceptons de suivre le mot d’ordre de l’opposition significative qui est de continuer cette lutte dans l’Hemicycle car, que gagnerait l’opposition à ne pas y aller ?

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Vouloir attendre que tout soit parfait avant d’aller aux législatives, c’est donner le champ libre à une seconde forfaiture. Il faut y aller en dépit de la fraude que nous savons évidente tout en veillant sur notre vote. Le RHDP sait frauder mais ne sait pas gagner une élection. Les dernières législatives de Cocody et les municipales du Plateau et de Port-bouet sont des exemples palpables qui doivent nous servir d’exemple…
Pour finir nous demandons à tous nos frères et sœurs de la diaspora d’aider l’opposition ivoirienne à continuer cette lutte autrement que par le boycott plutôt que de lui lancer la pierre et la traiter de tous les noms.

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